Il y a des jours où l’on aimerait simplement que quelqu’un comprenne.
Sans avoir à tout raconter.
Sans devoir expliquer pourquoi l’on pleure encore.
Pourquoi cette séparation fait toujours aussi mal.
Pourquoi l’absence est encore si présente.
Pourquoi, malgré les mois ou les années qui passent, quelque chose en nous reste profondément blessé.
Parce que non… le temps ne fait pas toujours disparaître la douleur.
Il lui arrive simplement de la rendre plus silencieuse.
Alors on apprend à vivre avec.
On continue d’aller travailler.
On s’occupe des enfants, des petits-enfants, de la maison.
On répond : « Ça va. »
On sourit.
Et lorsque les larmes montent, on attend souvent d’être seule.
Sous la douche.
Dans la voiture.
Le soir, lorsque tout le monde dort.
Comme si pleurer devait rester invisible.
Comme si cette part de nous n’avait pas le droit d’exister au grand jour.
Pourtant, si tant de femmes pleurent en silence, ce n’est pas parce qu’elles sont faibles.
Et ce n’est certainement pas parce qu’elles manquent de courage.
C’est souvent parce que leur histoire leur a appris qu’il valait mieux tout garder à l’intérieur.
Certaines ont perdu un compagnon avec qui elles pensaient vieillir.
D’autres ont été quittées alors qu’elles n’avaient rien vu venir.
Certaines portent encore le poids d’une enfance où elles ont dû grandir trop vite, prendre soin des autres, être raisonnables avant même d’avoir eu le temps d’être simplement des enfants.
D’autres encore ont connu des trahisons qui ont profondément abîmé la confiance qu’elles avaient en elles-mêmes.
Les histoires sont différentes.
Mais les silences se ressemblent.
Il arrive que l’on se dise :
« Je ne vais pas déranger. »
« Les autres ont déjà leurs problèmes. »
« Ce n’est pas si grave. »
« Je devrais être passée à autre chose. »
Ou encore :
« Je ne trouverai jamais les mots. »
Alors on continue.
Comme on l’a toujours fait.
On avance.
On tient.
On porte.
Sans même se rendre compte que, parfois, on porte seule depuis si longtemps que cela nous paraît presque normal.
Je rencontre souvent des femmes qui me disent :
« Je n’en parle à personne. »
Ou :
« Je pleure uniquement quand je suis seule. »
Chaque fois, je suis touchée.
Parce que derrière ces quelques mots, il y a souvent des années de retenue.
Des émotions mises de côté.
Des chagrins que l’on a essayé de rendre plus petits pour pouvoir continuer à vivre.
Nous vivons dans une société qui valorise tellement la maîtrise de soi.
Être forte.
Garder la tête haute.
Ne pas craquer.
Ne pas montrer.
Comme si accueillir sa tristesse était un échec.
Comme si les larmes disaient quelque chose de notre valeur.
Alors que les larmes ne disent qu’une chose.
Qu’il y a eu de l’amour.
Qu’il y a eu un attachement.
Qu’il y a eu une histoire qui comptait.
Peut-être qu’il est temps de regarder autrement ce silence que vous portez.
Non pas comme une faiblesse.
Mais comme une façon de vous être protégée.
Peut-être que, pendant longtemps, c’était la seule manière que vous aviez trouvée pour continuer à avancer.
Et si aujourd’hui il vous est encore difficile de parler.
Si les mots restent bloqués.
Si les émotions vous semblent trop grandes.
Si vous avez parfois l’impression d’être seule à vivre cela.
Alors j’aimerais simplement vous dire une chose.
Je vous comprends.
Ou, plus justement, j’essaie de vous comprendre.
Sans jugement.
Sans chercher à vous faire aller mieux trop vite.
Sans vous demander de tourner une page avant d’avoir eu le temps de la lire jusqu’au bout.
Parce que certaines blessures n’ont pas besoin qu’on les explique.
Elles ont d’abord besoin d’être reconnues.
D’être accueillies.
D’être regardées avec infiniment de douceur.
Si ces quelques lignes ont fait écho à quelque chose en vous, gardez simplement cette idée précieuse :
Vous n’êtes pas étrange.
Vous n’êtes pas « trop sensible ».
Vous n’êtes pas en retard.
Vous avancez avec votre histoire.
Et votre histoire mérite d’être respectée.
C’est précisément pour cela qu’est né Danse avec la Nuit.
J’ai imaginé ces ateliers comme un espace où il n’est pas nécessaire d’avoir les bons mots, ni de raconter toute son histoire, ni de faire semblant que tout va bien.
Un espace où l’on peut simplement venir telle que l’on est.
Avec ses silences.
Avec ses larmes, si elles viennent.
Avec ses questions.
Avec son cœur encore un peu cabossé.
Parce que je crois profondément qu’avant de pouvoir avancer, nous avons besoin de nous sentir accueillies.
Et parfois…
c’est déjà le début de quelque chose.
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