heritage etty hillesum

Ce qu’elle a laissé

Cet été, j’ai rencontré les écrits d’Etty Hillesum.

Je dis « rencontré » parce que je ne trouve pas de mot plus juste.

Je ne connaissais pas vraiment son œuvre. J’ai commencé à la lire sans savoir ce que j’allais y trouver et, peu à peu, quelque chose s’est installé.

Une présence.

Une façon de regarder le monde qui m’a profondément touchée.

Je ne veux pas raconter ici qui elle était, ni son histoire. Ce qui m’intéresse, c’est ce qui reste lorsqu’on referme un livre.

Ce qu’un être humain peut laisser derrière lui sans savoir jusqu’où ses mots iront.

Depuis cet été, je pense beaucoup au silence.

Cela peut sembler étrange pour quelqu’un qui aime tant écrire.

J’ai toujours aimé les mots. Les chercher, les tourner, essayer de trouver celui qui dira au plus près ce que je ressens.

Et pourtant, en ce moment, j’ai moins envie de parler.

J’ai envie d’écouter.

D’être là.

Juste être là.

De laisser les choses venir sans chercher tout de suite à leur donner un sens.

Il y a quelque chose, dans les écrits d’Etty, qui m’a donné envie de cela.

De faire moins.

De remplir un peu moins.

De laisser davantage de place.

Je repense souvent à ce qu’elle écrit à propos des estampes japonaises, à ces quelques traits posés sur le papier et à tout ce qui reste autour.

Le blanc fait partie du dessin.

Il n’est pas un manque.

Il permet au regard de respirer.

Cette idée me poursuit.

Peut-être parce que je sens que j’ai moi aussi besoin de blanc.

Dans mes journées.

Dans mes projets.

Dans mes mots.

Je crois que je suis longtemps partie du principe que, pour accompagner quelqu’un, il fallait apporter quelque chose.

Une idée.

Un outil.

Une question.

Un exercice.

Des mots.

Aujourd’hui, je me demande si parfois le plus précieux n’est pas simplement de rester là.

Sans chercher à réparer.

Sans chercher à comprendre trop vite.

Sans même avoir besoin de parler.

Juste être présent à ce qui est là.

Comme un vase, peut-être.

Un espace suffisamment ouvert pour que l’autre puisse y déposer quelque chose.

C’est aussi ce que je découvre en me formant à l’accompagnement en soins palliatifs.

Je pensais apprendre à accompagner.

Je découvre surtout combien il est difficile, et combien il est beau, de ne rien faire.

Être là.

Écouter.

Supporter les silences.

Ne pas avoir besoin de remplir.

Et peut-être accepter que certaines choses n’ont pas à être résolues.

Je ne sais pas encore exactement ce que cette rencontre avec les écrits d’Etty va changer dans ma vie.

Je sais seulement qu’elle a déplacé quelque chose.

Et que depuis quelques semaines, une question revient :

Et si je laissais davantage de place au silence ?

Je ne sais pas encore où cette question va me conduire.

Pour l’instant, je l’écoute.


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