paix et joie interieure

Ai-je le droit d’être heureuse ?

Ma vie n’est pas toujours simple. Et pourtant, je continue de m’émerveiller et je suis en train d’apprendre à ne plus m’en excuser.

En ce moment, je me pose souvent cette question : ai-je le droit d’être heureuse ?

C’est une drôle de question, n’est-ce pas ?

Et pourtant, elle revient. Toujours.

En plein mois d’août, je pense à toutes les personnes qui travaillent tout l’été. À celles qui ne peuvent pas partir en vacances. À celles qui traversent des difficultés bien plus grandes que les miennes.

Alors, je me demande si j’ai vraiment le droit de profiter. De ralentir. De regarder le ciel. D’être heureuse.

Comme si le fait d’aller bien signifiait que je ne regardais pas assez la souffrance autour de moi.

Une vie loin d’être parfaite

Si je regarde ma vie avec les critères habituels de la réussite, je ne suis pas certaine d’avoir beaucoup de raisons de me sentir particulièrement rassurée.

Je suis orpheline.

Je suis maman d’un enfant atypique, avec un quotidien qui demande beaucoup d’adaptation, de patience et d’énergie.

Je n’ai pas de CDI. Je n’ai pas de grande sécurité financière. Je fais attention à mon budget et l’argent reste une préoccupation constante.

Je suis souvent à la maison. Et parfois, pour être honnête, ça me saoule!

Je doute énormément de moi et de mes projets.

Est-ce que je suis vraiment sur la bonne voie si je n’ai pas un travail stable ? Est-ce que ce que je construis a de la valeur si ce n’est pas encore rentable ? Est-ce que je peux vraiment me considérer comme quelqu’un qui avance ?

Et malgré tout cela…

Je suis heureuse.

Pas tout le temps, évidemment.

Je connais la fatigue, les inquiétudes, les moments de découragement et les jours où je doute de tout.

Mais quelque chose en moi continue de s’émerveiller.

Le vent qui souffle dans les branches.

Un arbre.

Le murmure d’un ruisseau.

Le silence.

La sensation de respirer profondément.

La nuit.

Être heureuse ne veut pas dire que tout va bien

Je crois que j’ai longtemps confondu le fait d’être heureuse avec le fait d’avoir une vie heureuse.

Comme si le bonheur devait être la conséquence logique d’une existence réussie, stable, confortable.

Comme s’il fallait avoir réglé tous ses problèmes avant de pouvoir s’autoriser à ressentir de la joie.

Mais ma vie m’apprend autre chose.

On peut avoir des inquiétudes et ressentir de la gratitude.

On peut traverser des difficultés et s’émerveiller.

On peut ne pas savoir de quoi demain sera fait et profiter pleinement d’aujourd’hui.

La joie ne fait pas disparaître ce qui est difficile.

Elle ne résout pas les problèmes.

Elle ne signifie pas que l’on ferme les yeux sur ceux qui souffrent.

Elle peut simplement être une petite lumière que l’on entretient au milieu de tout le reste.

Christian Bobin écrivait :

« Je veux bien souffrir, mais je ne veux pas désespérer. Je ne laisserai personne éteindre en moi la petite lampe rouge de la confiance. »

Cette phrase me touche beaucoup. Elle vient de La Présence pure et rejoint exactement ce que je ressens aujourd’hui : je ne peux pas empêcher les difficultés d’exister, mais je peux essayer de ne pas leur donner toute la place.

La joie comme une fleur à arroser

Je ne crois pas vraiment que la joie soit quelque chose que l’on choisit une fois pour toutes.

Je la vois plutôt comme un jardin.

Il y a des jours où tout pousse facilement.

Et puis il y a les autres.

Les jours où il faut arroser. Faire attention. Recommencer. Chercher un peu de lumière.

La joie demande aussi de l’entretien.

Elle demande du temps.

De l’attention.

Et parfois même un effort.

Parce que lorsque je suis fatiguée ou préoccupée, je peux très facilement passer une journée entière enfermée dans mes pensées.

Alors je dois me décider à sortir.

Marcher.

Respirer.

Bouger mon corps.

M’étirer.

Lever les yeux.

Ce sont des choses minuscules.

Mais elles me transforment.

Revenir au corps, revenir à la vie

Je remarque que lorsque je pense trop, je me perds.

Je pense à l’avenir, à l’argent, au travail, à mon projet, à tout ce que je devrais faire, à tout ce que je ne fais pas assez bien.

Alors je marche.

Et peu à peu, quelque chose redescend.

Je respire.

Je sens mes pieds sur la Terre.

Je regarde autour de moi.

Je n’ai plus besoin de résoudre ma vie pendant quelques instants.

Je suis simplement là.

C’est peut-être pour cela que la marche et la nature prennent autant de place dans ma vie.

Même avec mon éco-anxiété, même lorsque je pense à ce que nous faisons subir au vivant, je peux encore être émerveillée par un arbre, par le vent, par la lumière du soir ou par un ciel étoilé.

Et peut-être que l’émerveillement est justement cela : regarder ce qui est encore là.

Etty Hillesum, qui écrivait son journal pendant la Seconde Guerre mondiale, alors que la persécution et la déportation se rapprochaient, elle notait :

« Comme la vie est belle pourtant ! »

Cette phrase me bouleverse par son contexte. Elle ne dit pas que tout va bien. Elle ne nie ni la souffrance ni la réalité. Elle témoigne simplement de la coexistence de deux choses : la lucidité face au monde et la capacité à continuer de ressentir la beauté de la vie.

Peut-être que la vraie liberté commence ici

Je me demande aujourd’hui si l’indépendance ne consiste pas seulement à avoir suffisamment d’argent, un emploi stable ou une situation reconnue par la société.

Bien sûr que la sécurité matérielle compte.

Bien sûr que la précarité est difficile.

Je ne veux surtout pas romantiser les difficultés.

Mais il existe peut-être aussi une autre forme d’autonomie.

Celle qui consiste à savoir ce qui nous apaise.

Ce qui nous fait du bien.

Ce qui nous ramène à nous-mêmes.

Et à lui faire une place.

Pas une fois par an.

Pas uniquement lorsque tout va mal.

Mais régulièrement.

Comme on arrose une fleur.

Comme on entretient un jardin.

Alors, ai-je le droit d’être heureuse ?

Je crois que oui.

Pas parce que ma vie serait parfaite.

Elle ne l’est pas.

Pas parce que je mériterais davantage le bonheur que quelqu’un d’autre.

Pas parce que je serais à l’abri des difficultés.

Mais simplement parce que la joie et la difficulté peuvent exister en même temps.

Je peux être inquiète pour l’avenir et heureuse aujourd’hui.

Je peux manquer de sécurité et ressentir de la gratitude.

Je peux avoir des projets qui me font douter et continuer à les aimer.

Je peux savoir que le monde souffre et continuer à regarder le ciel avec émerveillement.

Ma vie n’est pas toujours simple.

Et pourtant, quelque chose en moi continue de s’émerveiller.

Je suis en train d’apprendre à ne plus m’en excuser.

Et toi?

Qu’est-ce qui t’apporte de la paix au quotidien ?

Pas ce qui devrait te rendre heureux.

Pas ce qui semble important aux yeux des autres.

Mais ce qui, concrètement, fait redescendre tes épaules.

Ce qui te fait respirer un peu plus profondément.

Ce qui te ramène à toi.

Peut-être que la joie commence juste là.


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