ecrire apres une separation

Écrire après une séparation : quand les mots ne viennent pas

Je croyais demander des témoignages.

En réalité, j’ouvre une porte.

Depuis plusieurs semaines, je recueille les récits d’hommes et de femmes qui traversent une séparation difficile après une infidélité. Ce qui m’intéresse n’est pas tant l’infidélité elle-même que ce qui l’a précédée. Ce qui s’est peu à peu déplacé dans le couple. Les silences. Les éloignements. Les renoncements. Les mots qui n’ont jamais été prononcés. Les blessures qui se sont installées sans faire de bruit.

Récemment, j’ai proposé à deux personnes, de répondre par écrit à quelques questions.

Je pensais leur demander d’écrire un témoignage.

J’ai compris que je leur demandais peut-être beaucoup plus que cela.

En lisant leurs messages, quelque chose s’est déplacé en moi.

J’ai compris que je ne pouvais pas demander à quelqu’un d’écrire comme on demande de remplir un questionnaire.

Écrire n’est jamais un simple geste.

Écrire, c’est parfois revenir dans une maison qui brûle encore.

Anne Percin écrit dans Bonheur fantôme (2009) :

« Mais écrire, ce n’est pas oublier. Écrire ne console pas, écrire ne ment pas. Écrire, c’est vivre, vivre, vivre, c’est exister encore plus, encore plus fort, et la souffrance, loin de s’effondrer, monte en puissance dans le poumon des mots et crie de toutes ses forces. »

En relisant cette phrase, j’ai compris pourquoi certaines personnes n’arrivent pas à écrire.

Ce n’est pas qu’elles ne veulent pas.

Ce n’est pas qu’elles n’ont rien à dire.

C’est parfois que leur cœur est encore en train de traverser la tempête.

Alors je voudrais dire ceci.

Je ne cherche à convaincre personne d’écrire.

Je respecte profondément celles et ceux qui me disent :

« Ce n’est pas le moment. »

Parce que dire « je ne peux pas » est parfois une façon de prendre soin de soi.

Je me vois souvent comme ces personnes qui accompagnent ceux qui sautent à l’élastique.

Elles n’obligent personne à sauter.

Elles expliquent.

Elles rassurent.

Elles vérifient les attaches.

Puis elles attendent.

Et si quelqu’un fait demi-tour, elles ne le jugent pas.

Elles savent simplement que chacun traverse ses passages de vie à son propre rythme.

Je suis cette présence-là.

Une passeuse.

Pas celle qui pousse.

Celle qui accompagne.

Celle qui attend.

Je n’écoute pas seulement les histoires que l’on me raconte.

J’écoute aussi celles qui, pour l’instant, ne trouvent pas encore de mots.

J’accueille les mots quand ils viennent.

Mais j’apprends aussi à accueillir les silences.

Parce que les silences racontent parfois autant que les phrases.

Ils parlent de la peur.

De la loyauté.

De l’amour qui demeure malgré la séparation.

De la pudeur.

De la fatigue.

Et parfois, simplement, de la nécessité d’attendre encore un peu.

À celles et ceux qui pensent ne pas savoir écrire, j’aimerais dire ceci.

Vous n’avez pas besoin de trouver les bons mots.

Vous n’avez pas besoin de tout comprendre.

Vous n’avez pas besoin de réussir votre récit.

Vous avez seulement le droit d’être là où vous en êtes.

Si aujourd’hui les mots ne viennent pas, ce n’est pas grave!

Ils viendront peut-être demain.

Ou dans quelques mois.

Ou peut-être jamais.

Et cela aussi mérite d’être respecté.

Je continuerai d’être là.

Pour accueillir les récits.

Mais aussi les hésitations.

Les pages blanches.

Les larmes.

Les respirations.

Les silences.

Car il existe des passages de vie qui commencent bien avant les mots.

Et parfois, la première phrase est simplement celle-ci :

« Je n’arrive pas à écrire. »

Pour moi, c’est déjà un témoignage.

Et il mérite d’être accueilli avec la même délicatesse que tous les autres.


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